"L'affaire du foulard" d'Aubervilliers a soulevé beaucoup de débats à l'intérieur du MRAP. Les positions de notre mouvement ont , une fois de plus, été déformées par une certaine presse .... La Ligue des Droits de l'Homme a adopté une position similaire à la notre ...
Le MRAP est un mouvement laique. Il oeuvre en faveur d'une conception de la laicité qui ne saurait etre synonyme de fermeture, d'exclusion et de discrimination. Il prone une laicité dynamique qui codifie des règles communes pour vivre ensemble dans l'espace public sans pour autant imposer le moindre reniement des individus, quelle que soit leur religion, leur culture ou leur façon de penser. Contrairement à ce que laissent entendre certains commentateurs, nous ne sommes pas favorables au port du foulard à l'école, comme pour tous les autres signes religieux ...
En nous éloignant de la fièvre médiatique, cette "affaire " interpelle ... Selon les statistiquesdu Ministère de l'éducation, le nombre d'incidents relatifs au foulard est passé de 300 cas en 1994 à 150 en 2003. Devant cette baisse des chiffres, la réponse apportée par les autorités est la mise en place simultanément d'une mission parlementaire sur les signes religieux à l'école et d'une commission nationale sur la laicité, alors que certains hommes politiques nous abreuvent quotidiennement de discours sur le sujet, et tandis que les médias publient des " unes " catastrophiques sur le danger que représente le foulard pour la laicité. Au delà des craintes légitimes posées par le port du voile à l'école, ces réactions excessives ont une cause essentielle : l'islamophobie qui, sournoisement, s'installe, blesse, brouille, passionne et enflamme.
Les milliers de messages arabophobes et islamophobes appelant sur internet à la violence contre les arabes et les musulmans, ainsi que les jets de peinture, de cocktails Molotov, les incendies volontaires et les plasticages contre des mosquées, révèlent la profondeur du mal et appellent une action urgente des pouvoirs publics, faute de quoi nous laisserions se distiller dangereusement le sentiment que les musulmans, meme français, seraient des citoyens de seconde zone. Et ceci d'autant plus que, dans ce combat, n'ont pas manqué les intellectuels qui sont venus, après le 11 novembre, expliquer doctement que l'Islam menace la République, et donc que les musulmans ne sont pas des citoyens comme les autres, à égalité de droits et de devoirs.
Cette
affaire de foulard est pour certains bien utile. Elle permet, non sans
une certaine efficacité, de déplacer et de détourner
l'opinion publique des problèmes réels qui affectent et menacent
dangereusement la laicité.
La relégation
sociale, les discriminations quotidiennes, la persistance d'établissements
scolaires qui sont bien souvent des ghettos sociaux dans des quartiers
rongés par la mal vie et l'absence de perspectives, sont autant
de terreaux fertiles pour l'intégrisme, l'extrémisme et les
replis communautaires.
C'est
à ces problèmes-là que l'éducation doit apporter
une réponse, et non à des incidents mineurs liés au
voile qui ont baissé de moitié en 9 ans.