En ce début 2006 ...
La période que nous venons de vivre
fût particulièrement pénible,
tragique même pour de nombreux
êtres dont le "malheur " est d'être nés...
Ils ont été encore
trop nombreux à payer durement, ici, en France, le prix de l'intolérance,
du mépris, des pratiques dicriminatoires, ainsi que des appétits
présidentiels de certains.
Vies arrachées en plein
Paris tout au long de l'année par des flammes dont le combustible
fut aussi celui des politiques d'apartheid social et ethnique en matière
de logement des immigrés.
Vies brisées insoutenables,
faites de peurs, d'angoisses et de précarité extrême
pour les sans papiers, car l'obsession du chiffre, en terme d'expulsions,
a transformé leur quotidien en enfer. Rafles dans le métro,
sur les lieux de travail, dans les foyers, dans les écoles, dans les
rues, avec contrôles systématiques au faciès, ainsi que
justice expéditive, telle fut la réalité vécue
d'une politique cruelle, inhumaine et dégradante.
Les discriminations, mises en actes
du racisme, se sont abattues en toute impunité ( 20 condamnations
seulement sur l'ensemble du territoire en 2005 ) dans le domaine de l'emploi, du logement,
des loisirs, mais aussi sur le plan institutionnel ( police , emplois fermés,
etc...) , sans compter la discrimination civique qu'est le refus du droit
de vote pour les immigrés extra-communautaires. Cette négation
de l'autre dans ses droits fondamentaux a bien évidemment privé
de ce droit à l'existence économique, sociale , culturelle
et politique, non seulement les immigrés, mais aussi leurs enfants,
français que l'on continue à nommer " issus de ...", prolongeant
ainsi cette immigritude racisante.
Ces dénis de reconnaissance et de
citoyenneté, mêlés à des trop-plein de relégations,
d'humiliations, de stigmatisations, furent sans doute l'un des éléments
fondateur et déclencheur de cette insurrection prévisible,
nommée " révolte des banlieues" de novembre 2005.
Autre signe inquiétant : les
concessions idéologiques consenties à une extrême droite
dont la violence des idées se trouve désormais légitimée
au sein de la classe politique et d'une partie de l'opinion publique : provocations
verbales (" racailles", "karcher" ), mise en place d'une loi d'exception
sur l'état d'urgence de sinistre mémoire (1955), promotion
et réhabilitation des bienfaits de la colonisation (? ... loi
du 23 février 2005 ), abrogation du regroupement familial, expulsions
massives d'étrangers, mise en place du délit de solidarité
: tout ceci, au-delà des dégats que cela peut générer,
nous prépare, si nous n'y prenons garde, un autre 21 avril.
C'est dans ce sillage que les
antisémites et négationistes s'autorisent à redresser
la tête à l'instar des déclarations de Bruno Gollnisch
s'interrogeant sur le nombre réel de victimes de l'extermination des
Juifs d'Europe par le nazisme, et les récentes provocations de J.M.Le
Pen en Allemagne, récidivant sur le "détail". Ils encouragent
par là ceux qui s'en prennent aux synagogues et aux cimetières
juifs, toutes attaques qui n'ont pas manqué cette année.
C'est dans ce climat que les tziganes
et gens du voyage continuent de payer le lourd tribut de préjugés
ancestraux et de subir les insultes d'élus de la République,
... quand ils ne voient pas leurs caravanes incendiées.
Mouloud Aounit
..........................................
..............................................