Papon nous défie.

Décidément Maurice Papon continue ses ravages. Suite au recours de son avocat auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme pour traitement inhumain et dégradant en prison, traitement qui nécessiterait sa libération anticipée, et suite à l'expression de Robert Badinter à ce sujet, une polémique s'est déclenchée, sur le bien-fondé et l'opportunité d'une telle mesure. Soyons clairs : jamais l'expression du Mrap n'a été aussi incomprise. En effet, jamais le Mrap n'a demandé la remise en liberté de M.Papon. Ce n'est ni notre compétence, ni notre souhait. Comment pourrions-nous éprouver compassion, condescendance ou pardonner à l'endroit de celui dont les exactions à Bordeaux et le massacre opéré à Paris le 17 octobre 1961 représentent la négation absolue des Droits de l'Homme?
Nous nous sommes simplement exprimés dans le cadre d'une polémique, par un rappel fidèle à la position du Mrap, qui s'est donné comme vocation à porter toujours haut la reconnaissance des droits de l'homme. A savoir: l'oeuvre essentielle de la réparation fut obtenue par la condamnation de Maurice Papon pour complicité de crime contre l'humanité, sentence dont la portée historique et pédagogique jette sur lui le déshonneur, l'opprobre et le discrédit. Pour avoir soutenu dès les premières heures les familles des victimes, le Mrap comprend la souffrance et la douleur des familles qui exigent une exécution intégrale  de la peine. Cependant, hier comme aujourd'hui, le Mrap s'est interdit d'être comptable du quantum et de l'exécution des peines.
Nous avons rappelé au cours de cette interpellation un principe fondamental: les Droits de l'Homme sont indivisibles, universels et ne peuvent souffrir d'aucune exception de lieu, de domaine ou de personne. Principe qui vaut pour tous les hommes, Maurice Papon ne pouvant en être exclu. Non seulement nous n'acquittons d'aucune manière M.Papon, mais de surcroît nous voulons que la justice soit rendue complètement, pour d'autres crimes contre l'humanité, pour lesquels il n'a jamais rendu compte, et notamment en sa qualité de Préfet de police le 17 octobre 1961.
Nous pensons par ailleurs que nous n'avons rien à gagner dans le jeu  de la victimisation d'un "criminel" des Droits de l'Homme, qui se présente depuis le début comme une victime des associations, des médias, de la Justice, de l'abandon des siens et maintenant des Droits de l'Homme . Nul doute que perdre sur ce dernier terrain concourrait à atténuer dangereusement le jugement. Maurice Papon ne peut être une exception. Il y a en prison beaucoup d'oubliés des Droits de l'Homme : malades en fin de vie, victimes du Sida, malades mentaux, jeunes incarcérés dans les quartiers disciplinaires qui se suicident, et qui ne peuvent se prévaloir ni de soutiens, ni de protecteurs. Une mesure exceptionnelle si elle ne concernait qu'un seul prisonnier serait proprement scandaleuse.
Enfin pourrions-nous à la fois dénoncer cette sentence barbare, moyenâgeuse qu'est la peine de mort et accepter et souhaiter la mort lente en prison ou la prison jusqu' à la mort? De même celui qui nous a servi à faire reconnaître sur le terrain juridique que le 17 octobre a été un massacre, va-t-il nous faire renoncer à nos principes ?
Maurice Papon nous défie dans notre cohésion et notre conscience. A cet égard toute concession, toute faiblesse, toute incohérance en la matière risque de fragiliser nos futurs combats en faveur des droits et libertés fondamentales de la personne humaine.
Notre expression publique a troublé certains de nos adhérents, comme l'atteste votre courrier; nous sommes profondément attristés d'avoir bien involontairement pu laisser supposer une infidélité à nos valeurs communes. Nous vous demandons de nous le pardonner.
                                                          Mouloud Aounit.


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